Mercredi 30 septembre 2009 3 30 /09 /2009 21:20

 


















La préparation:

Lundi 20 juillet, c’est enfin le départ pour la Solitaire: départ de Granville avec Guillaume et Simon qui viennent pour m’aider à préparer le bateau et Raphaël qui nous accompagne pour le convoyage. Après un grand bord de près jusqu’à l’entrée du chenal du Four, nous sommes accueillis en pleine nuit par une mer démontée et 30 nœuds de vent en face de la pointe Saint-Mathieu. Heureusement la mer se calme sous l’effet du courant qui s’inverse et nous passons le raz de Sein au petit matin, une partie de l’équipage fatigué par cette nuit musclée.


La partie sud de notre convoyage se déroule sous la pluie, sous spi, nous déposons Raph à Concarneau, le temps d’un café ou d’une bière selon les goûts de chacun, et on repart pour Lorient. Nous arrivons le mardi soir vers 19h, trempés et pressés de trouver un lit pour dormir.

La journée de mercredi est essentiellement consacrée au rangement, pesée du bateau et liste des travaux. On prend nos quartiers d’été au B & B hôtel.

La semaine de préparation est ponctuée par les jauges et les travaux divers (changement des haut-parleurs de cockpit, pompe de cale…). Tout se passe sous le soleil.


Le mardi 28, première sortie pour le prologue, un bon départ, une vitesse correcte (sans excès) au près, mais déjà quelques inquiétudes au portant. À part ça pas de problèmes. Le mercredi sera donc consacré à l’embarquement de la nourriture, des affaires de navigation, et la pesée du matériel (100kg maximum).

 

1ère étape: 30 juillet – 1er août

Je commence à être tendu, et le départ du ponton est un soulagement, toute la pression accumulée sur la semaine de préparation commence à s’évacuer, il était temps car je commence à devenir électrique!


Départ le Jeudi à 13h sous le soleil, le vent est faible d’Ouest, une bouée de dégagement a été mouillée aux abords de Groix, on va donc partir sur un louvoyage de 7 milles avant d’envoyer les spis. Le départ n’est pas bon, j’ai du mal à lancer le bateau, mais un bon louvoyage d’abord à terre puis ensuite le long de Groix me permet de passer la bouée «France Info» 15e malgré un hors cadre sur la fin du bord. Génial. Ma vitesse aux prés est correcte, mais surtout et cela se confirmera par la suite, je tricote plutôt bien sur les bords de dégagement malgré des départs moyens et une vitesse pas toujours très assurée dans les transitions.


Après la bouée, on repart pour 20 milles de portant, deuxième test: les bords de spis. D’abord vent arrière, puis largue serré, j’ai du mal à gérer ma position au contact des cadors qui déboulent comme des TGV! J’assure mal mon passage au largue à la pointe Est de Groix, et la descente vers le phare des Birvideaux devient un calvaire: je suis au largue serré, sous la flotte, et les autres me passent dessus un par un. Le passage du phare n’est pas glorieux, entre la 35e et la 40e place. Mais le terrain de jeux s’ouvre à nouveau avec la traversée du golf de Gascogne jusqu’à La Corogne, et il me reste plus de 300 milles pour me refaire.

Première difficulté, franchir une bulle anticyclonique qui remonte vers la Bretagne. J’opte pour le contournement par l’Est afin de récupérer en premier le vent qui rentre du SE. La soirée commence par un long bord de reaching, cap au sud/sud-est, le vent mollit, j’opte pour l’envoi du spi en même temps qu’Erwan Tabarly, les bateaux autour ne tardent pas à suivre, le vent reste autour de 8/10 nœuds, la première nuit s’installe. Avant la tombée de la nuit, le patrouilleur «le cormoran» passe près de moi pour une vacation radio, plutôt sympa, le rythme du solitaire commence à s’installer, et cette année je fais attention à prendre mes repas à heures fixes. Au menu, plat réchauffé au bain-marie et complément avec un substitut de repas liquide, quelques fruits pour manger «frais» et j’ai emmené 1kg de pâtes avec jambon fumé, gruyère et huile d’olive pour les grosses fringales du matin. Pour cuisiner, seulement une cocotte-minute achetée juste avant de partir par Alex, François et Armelle. Très pratique, je mets le plat réchauffé, l’eau, je ferme, je laisse chauffer 5 minutes, j’éteins et je mange quand la cocotte a refroidi.


La première nuit s’annonce dure, le vent souffle autour de 5 nœuds et commence à adonner vers le N/NW, le contournement de la bulle va durer une bonne partie de la nuit, et il faut tout de suite oublier le rythme à terre, la nuit s’annonce blanche dès le départ, je profiterais du près plus tard pour dormir…

En milieu de nuit, le vent adonne franchement, je pic du nez de temps en temps, et j’essaie de surveiller les feux autour de moi pour choisir le bon moment pour empanner. J’empanne une première fois dans un trou de vent, je ne suis pas assez patient, la 2e fois est la bonne, le vent passe au NE, et devrai continuer à refuser progressivement, le jour se lève, et je n’ai toujours pas dormi. Je profite d’un moment de stabilité pour faire deux petites siestes d’1/4 heure. La pression rentre, j’accélère et je descends un peu sur la route pour essayer j’espère de me recaler devant la flotte qui à droite a du être ralentie par le centre anticyclonique. Le vent refuse, le spi tombe, puis dans l’Après-midi, le vent s’oriente WSW, c’est le moment de virer, je suis en tribord amure, le vent monte et le ciré est de sortie. J’ai profité de deux trois moments dans la journée pour faire quelques siestes. Je suis étonné, alors que l’année dernière le coin regorgeait de vie, c’est à peine si je croise un poisson-lune. Pas un dauphin ne montre le bout de son nez. La nuit tombe et le vent refuse de nouveau, trop peu à mon goût et par rapport aux prévisions météo. Tant pis, il faut aller à droite chercher le vent fort de NW qui va rentrer en espérant que les autres ne le toucheront pas trop avant moi. Le vent monte, je change de foc avant que la mer ne soit trop forte, la pluie tombe par moments et la nuit est vraiment noire. Je n’aperçois que de temps en temps le feu de Yannig Livory. J’ai du mal à trouver la bonne vitesse, il y a 25/28 nœuds de vent, une mer cassante et je suis sous GV/Solent, une allure que j’ai peu rencontré durant mes (trop) rares entraînements hivernaux. Aller dormir est une angoisse car je n’arrive pas à bien régler mon pilote pour aller vite dans ces conditions. Enfin en fin de nuit le vent mollit d’un coup, c’est le signal, je vire et me retrouve rapidement au débridé sur l’autre amure, cap sur La Corogne. Le temps de remettre le génois et le vent remonte à 20/25 nœuds en adonnant, le jour se lève et malgré la fatigue, je cours installer le petit spi, Yannig qui n’est qu’à une centaine de mètres au vent fait de même. J’envoie, le spi gonfle et… le bras de spi casse au niveau du mousqueton! Merde, j’aurai du refaire l’épissure! C’est à nouveau la course au rangement, je change avec le bras valide, et renvoi du cockpit, Yannig en profite pour se barrer à 10/12 nœuds de moyenne pendant que je plafonne à 8 nœuds le temps de la manœuvre.


Ça y est, le spi porte, il reste 160 milles, il est 6h du matin, si tout va bien, ce soir je suis à La Corogne. Le bateau plane, surfe à plus de 15 nœuds, je navigue entre 10 et 12 nœuds de moyenne, le vent lui oscille entre 22 et 28 nœuds selon les grains. Les safrans ont tendances à caviter et le bateau part trop facilement au lof à mon goût, mais à cette allure pas moyen d’aller les régler. Je dois rester hyper vigilant, et pour aller vite, je ne lâche pas la barre. L’écoute et la manivelle à portée de main, j’ai pris ce que j’ai pu trouver de transportable pour manger dehors.

J’ai en ligne de mire Jean-Paul Mouren (reconnaissable à sa voile verte et noire), et Yannig. Mais je me rends compte que malgré tout mes efforts, je vais moins vite et que leur voile rapetisse sur l’horizon. Quelle frustration, le spi, les safrans, la conduite, les réglages…? Qu’est-ce qui ne vas pas? L’Espagne apparaît au loin, le cap Finisterre, puis l’entrée de la Corogne. Le grand spi remplace le petit spi, et l’arrivée se fait avec un vent mollissant qui augmente les écarts, pour cette fois…

Je finis bien, en glissant sous la flotte dans la baie et j’arrive 38e, satisfait de ma navigation et avec quelques interrogations sur l’inconstance de ma vitesse. En tout cas, c’est la première fois que j’arrive de jour sur une étape de la Solitaire, et le plaisir de pouvoir profiter de l’arrivée est énorme. L’accueil est là, Simon et mes parents sont au rendez-vous à l’atterrissage, j’ai un peu de mal à parler et la fatigue commence à m’assommer. Le traditionnel verre de champagne offert à l’arrivée n’arrange pas les choses. Après un repas chaud offert aux skippers, au Yacht-club de La Corogne, à échanger nos premières impressions à chaud dans des discours décousus et rendus irréels par le manque de sommeil, je suis embarqué vers ma chambre d’hôtel par mes parents pour ce qui me semblera être 12h d’un immense bien-être comateux.


 

2e étape: mardi 4 – jeudi 6 août

Après 3 jours de repos, réceptions officielles et préparations de navigation entrecoupées de siestes, on repart pour Saint-Gilles Croix de Vie. Au menu du prés, du prés et un peu de spi à l’arrivée. Mais surtout un départ d’Espagne qui s’annonce difficile à gérer, puis une course de vitesse et de placement jusqu’à la bouée de Saint-Nazaire.


Le départ n’est lancé qu’en milieu d’après-midi, dans 2 à 3 nœuds de vents mal établis. Difficile de partir au contact des meilleurs dans la molle, et après quelques croisements, j’arrive à m’échapper dans le sillage des premiers, j’avance sur la route directe, en essayant de ne pas rester près de la côte où le dévent à déjà fait une victime (Yann Eliès qui perd sûrement la Solitaire à ce moment-là), et j’essaie de trouver le bon compromis entre avancer sur la route directe et gagner au nord pour bénéficier du passage du front. Le vent est W, et pour le moment, on monte NNE sous spi pour se dégager de l’Espagne, les bateaux au large on l’air d’avancer un peu mieux. La nuit tombe et je reste vigilant, pour négocier au mieux la transition avant la bascule du vent au N. Cela mollit en milieu de nuit, il faut attaquer et ne pas se déconcentrer. La bascule arrive, et le vent refuse d’un coup, c’est parti pour deux jours de prés dans 15 à 20/25 nœuds de vent, il faut aller vite et tenir sous génois dans les grains. Durant deux jours, je m’applique à faire marcher le bateau au plus vite, en réglant voile et pilote, en barrant souvent. La deuxième nuit est hallucinante, la lune est pleine, et la luminosité en mer irréelle. Des grains énormes traversent la flotte en distribuant éclairs et averses. J’entends le bateau grésiller par moments, et je m’attends à voir l’électronique s’éteindre à tout moment. Je regrette de n’avoir pas réussi à filmer cet instant, mais le vent est fort (entre 20 et 25 nœuds), et je dois m’occuper du bateau. Le lendemain, est toujours aussi monotone, je sais que la plus grosse partie de la flotte est plus au nord, et j’espère qu’elle n’avance pas trop, un refus dans la deuxième nuit m’avait fait espérer que nous allions devoir virer et ainsi recroiser devant ceux de droite, mais la bouée finit par arriver en direct et la flotte plus au nord passe. L’enroulée de SN1 devant Saint-Nazaire en fin d’Après-midi permet d’envoyer le spi. Pour me compliquer la tâche, j’ai réussi à éteindre l’électronique par mégarde en préparant le spi à l’intérieur du bateau, imaginez la tête des autres concurrents quand le bateau s’est mis à virer à contre sans personne sur le pont! Et 5 mn de perdues!!! La descente sur Saint-Gilles sera rapide à près de 10 nœuds de moyenne, avec le vent qui monte et le courant qui pousse, et je passe la ligne 37e à seulement 1h du premier, je me dépêche de rentrer au port avant la marée basse. Les derniers passeront une partie de la nuit au mouillage. Les digues du port sont noires de gens et avec la fatigue, on a du mal à répondre au salut de tout le monde.


 

3e étape: lundi 10-jeudi 13 août

C’est l’étape que tout le monde attendait, près de 500 milles vers l’Irlande en passant par la pointe Bretagne et le Fastnet.

Le départ a lieu sous le soleil, le lundi 10, la flotte part au près, la bouée de dégagement est pratiquement dans l’axe du parcours. Je fais un départ moyen, mais reste en milieu de flotte jusqu’à la bouée. Puis on fait cap vers Yeu où on doit contourner une marque proche de celle-ci. Je décide d’optionner pour profiter du thermique de l’île et me décale sur la gauche du plan d’eau, mais alors que le coup semblait gagnant, une bascule importante à droite remet la flotte sous le vent dans le match, et c’est avec un peu d’incompréhension, que nous voyons la flotte de droite revenir et franchir la bouée devant nous.

Après Yeu il faut jouer le passage du front qui annonce d’abord de la gauche, puis une rotation droite à suivre. Je suis décalé à gauche de la flotte après le passage de Yeu et j’espère que la première rotation va me permettre d’accélérer et de revenir sur la flotte. Mais malgré plus de 30° d’adonnante, le groupe de dessous file, je m’applique pour aller vite, car la vitesse prime avant tout!!! C’est la clé sur ces parcours où les phénomènes météos profitent à ceux qui sont devant. Ma trajectoire me fait passer à l’ouest de Belle-Île et j’espère que la partie de la flotte qui est à l’Est aura moins de vent. La rotation arrive en fin de nuit, au moment où je commence à être fatigué de veiller, peu franche au début, cela bascule franchement sous les Glénan. Le jour se lève, et j’aperçois mes camarades de jeu au vent, bien mieux placés, certains sont mêmes passés dans les Glénan. Le vent molli de plus en plus, et le passage de la bouée à Penmarch se fait dans la pétole. La journée s’annonce «pétolesque» dans la baie d’Audierne, souvent décriée car très longue à franchir en navigation. Chacun essaie d’avancer au mieux pour se positionner quand le vent va revenir. Enfin en soirée, le vent rentre par le Nord et la flotte redécolle, le vent s’installe, et la nuit devrait nous permettre de trouver quelques moments pour dormir si le vent se maintient.


La nuit est claire, et heureusement, il y a peu de bateaux dans le rail, tout le monde en profite pour dormir, car l’arrivée sur l’Irlande risque d’être difficile.

La journée suivante est monotone, au près sous la bruine, avec un air de ressemblance avec la 2e étape. Le vent monte parfois jusqu’à 25 nœuds sous les grains, et le décalage dans l’Est semble m’avoir fait éviter la molle du centre anticyclonique qui se déplace sur la manche. Il y a un peu de trafic et notamment un passage un peu chaud avec un porte-conteneurs. Je suis pratiquement sûr qu’il ne m’a pas vu, ou alors il n’en avait rien à faire. La 3e nuit s’annonce difficile, car il devrait y avoir un coup à jouer. La météo annonce un retour du vent au SW. Ce sera la première fois qu’elle se trompera, car la bascule arrive, mais le vent fini par s’installer au NE puis SE, heureusement j’avais viré pour aller chercher de la pression forte à l’W, et finalement, je me retrouve au portant sous la bascule avec peu de vent. Tout va bien et cela me permet de lâcher le paquet de bateau avec lequel je naviguais depuis la pointe Bretagne.

Passage du Fastnet de loin, la pointe de l’Irlande est pour le moment assez quelconque. Mais la pointe suivante révèle un trésor, les roches noires déchirées par la mer et le vent, avec le vert intense de l’Irlande et les brumes fantomatiques. Un bonheur. Toute la remontée de l’Irlande se fait au portant dans un vent mollissant, heureusement le courant est favorable.


La baie de Dingle se dessine soudain après une pointe. Irréelle, la baie est dans la brume et alors que l’on est à environ 10 milles de la ligne, les premiers semblent en être très loin. J’entre poussé par une bouffe, puis plus rien. Quelques bateaux apparaissent dans la brume devant, comme au ralenti. J’aperçois Athema collé à a côte sud de la baie. Plus j’avance, plus je m’arrête, mais le vent doit rentrer, d’après la météo, le vent de sud doit arriver, je décide donc de rester sur la route et d’essayer d’avancer au mieux (course made good!). Il faut rester solide, surtout lorsque les bateaux qui arrivent derrière essaient de se faufiler à la côte. Enfin à la tombée de la nuit, le vent rentre au sud, les feux des bateaux s’allument partout sur le plan d’eau, et un sprint de 10 milles s’engage au largue sous spi dans 10 nœuds de vent. Le temps ne compte plus, je fais glisser le bateau du mieux possible en me faufilant à travers la flotte. Je ne ressens pas la fatigue, et lorsque le premier franchi la ligne, les 7 mn qui suivent me semblent une éternité, les places sont chères et je bataille avec Fred Duthil et Gildas Morvan. Enfin je coupe la ligne juste devant… Mich’Desj! 16e! C’est magique. J’espère qu’il s’en remettra d’être derrière un «amateur»!!! La remontée du chenal de nuit se fait avec le vent qui monte petit à petit, et j’ai une pensée pour ceux qui seront encore en mer cette nuit. L’arrivée est super sympa, Simon et mes parents sont déjà là, et c’est avec une certaine gourmandise que j’avale ma première bière irlandaise avant une bonne nuit de coma.


 

4e étape: 16-19 août


Je crois que ce fut l’étape de trop, pourtant le parcours prévu est superbe : descente le long de l’Irlande, traversée de la mer d’Irlande, navigation au ras des côtes Anglaises et traversée entre Wight et Dieppe… Le départ était annoncé avec du vent (20/25 nœuds), puis mollissant sur la fin de l’étape. Un premier départ est donné dans 20 nœuds de vent: rappel général, sous génois, les bateaux sont «chargés» par la force du vent, et chacun est concentré sur son départ. Sur le deuxième départ, je repars comité, mais deux minutes avant le coup de canon, je me rends compte qu’un plaisancier est au milieu de la flotte au moteur. Une partie des bateaux passe dessous, je décide de passer au vent, mais je m’aperçois vite avec horreur qu’il continue à avancer au moteur face au vent, et ce malgré mes appels répétés pour qu’il s’écarte. Je tente de virer pour l’éviter, mais c’est trop tard, le manque de vitesse me scotche, et le voilier me rentre dedans, pendant un instant j’ai cru qu’il allait me faire démâter! Après l’avoir sèchement engueulé, j’arrive à repartir et malgré les dégâts, je décide de prendre le départ. Bilan: les filières cassées sur bâbord et un trou dans le pont à cause du chandelier arraché par l’ancre postée à l’avant du bateau.


Les bords de prés pour sortir de la baie sont difficiles, l’eau rentre quand je suis en tribord amure et j’ai du débrancher l’électronique de la table à carte pour éviter de tout perdre car l’eau coule à l’intérieur. Ma souris n’y survivra pas (pauvre bête je m’y étais attaché). J’arrive à boucher sommairement le trou avec des morceaux de scotch et l’adhésif de mon génois, et j’ai mis mes affaires de rechange dans le placard sous le trou pour éponger l’eau qui rentre.

J’arrive cependant à revenir dans le match à la sortie de la baie de Dingle, autour de la 25e place. S’ensuit un grand bord de reaching, puis les spis sortent des sacs. Je fais une première erreur en allant naviguer au contact de Nicolas Lunven et Erwan Tabarly (où je m’aperçois que ceux qui vont très vite sont peu freinés par les mauvaises options…). Je passe le Fastnet vers 22/23h en 35e position. La première nuit s’annonce dure, travers sous spi dans 15/20 nœuds de vent, ça va vite, il faut barrer, régler, j’essaie à un moment de mettre le pilote pour dormir un peu, mais j’ai du mal à caler le bateau, le pilote décroche de temps en temps. Lorsque le classement arrive au lever du jour, vers 6h du matin, je suis… 50e…


Dur pour le moral, après l’abordage, un problème de vitesse n’est pas le bienvenue. La journée se poursuit sous spi pour passer Land’s end avec un pointage au Cap Lizard, peu de changement. La nuit tombe, et je décide de me décaler un peu au large pour bénéficier de plus de vent. Mais une barge en remorque de 700 mètres de long suit une route presque parallèle et je suis obligé d’empanner pour l’éviter!!! Mauvaise décision, cela me renvoi du mauvais côté contre le courant et le vent se met à refuser un peu plus tard, je reste décidément coincé en queue de peloton et ce manque de réussite devient agaçant. Le vent revient un peu plus soutenu le matin et la journée se fait à la queueleuleu le long de la côte sud de l’Angleterre jusqu’à l’île de Wight. Le vent mollit en fin de journée pour passer la bouée Fairway, heureusement, le courant est portant et permet d’attaquer la traversée de la Manche vers Dieppe. Je passe la nuit au prés rapide pour essayer de revenir sur la flotte. Un retour du vent est prévu au Sud par la météo, je crée donc un petit décalage sous la flotte en accélérant pour bénéficier du retour du vent à droite. Mais la suite ne se déroule pas comme prévu, après avoir bataillé avec les cargos dans le rail (pire que l’autoroute), et sans vent, celui-ci revient doucement le matin mais plutôt à l’Est.


J’ai les manches humides à force d’enlever les algues dans les safrans, avec le lever du jour, j’ai repéré une algue enroulée autour du voile de quille, et après deux marches arrière infructueuses, je décide d’arrêter le bateau et de plonger, pas facile de se mettre à l'eau dès 6h du matin. Et me voilà en train de nager à moitié nu au milieu de la Manche entre deux passages de cargos. Je préviens la direction de course par VHF, l’opération ne dure pas plus de 5 minutes, et me voilà bien réveillé pour la suite. Ça n’a pas du m’aider à regagner des milles.

Je ma retrouve à faire la route sous la flotte, coincé par mon décalage à droite dans le vent qui adonne. La côte approche, et la renverse de courant aussi. La pression revient temporairement et je décide de plonger à la côte pour me cacher du courant (la météo annonce du thermique pour la journée). C’est là, que la météo me joue un vilain tour, confiant dans les prévisions je ne doute pas que le vent va revenir, mais l’anticyclone décide de s’installer pour la journée au milieu de la Manche et le vent tombe. Le thermique n’arrive pas à rentrer et je me retrouve à 18 milles de l’arrivé poussé par 3 nœuds de vent face à 2,5 nœuds de courant. C’est la catastrophe, surtout que les bateaux plus à gauche franchissent la ligne d’arrivée avec un reste de vent d’Est: il est 14h30 quand le premier franchi la ligne, je ne passerai qu’à 23h30 poussé par la renverse de courant…

Mon classement général s’écroule avec les heures qui passent, le film des 10 mois de préparation défile avec la distance qui me reste à parcourir, et je finis 50e de l’étape et 46e au général, très loin de ce que j’espérai. Je viens de subir cruellement le système du classement au temps et l’arrivée n’a pas le goût de fête espéré.

Bien que cette fin d’étape difficile m’ait durement marqué, je ne pense qu’à une chose repartir en 2010 mieux préparé, mieux entraîné.

 

Je tiens à remercier encore et encore tous mes partenaires, qui m’ont suivi pour cette deuxième solitaire, tous les gens qui m’ont soutenu de leurs encouragements et ont donné un peu de temps pour que le projet puisse aboutir. Et surtout ceux qui toute l’année ont travaillé avec moi sur ce projet pour le faire vivre, l’animer et le mener à terme. À l’année prochaine.

 

 

 

 

 

Par Objectif Large Sailing Team - Publié dans : La Solitaire du Figaro - Communauté : Voile et sports nautiques
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