Vendredi 21 août 2009 5 21 /08 /2009 10:34

Le Figaro Esprit Voile 50 amarré dans le port normand, son skipper revigoré, Nicolas revient sur cette étape de 510 milles entre Dingle et Dieppe. Cruelle : « l’enfer psychologiquement ».

 

Abordé au départ

« Il y avait du vent dans la baie de Dingle et pas de zone de sécurité pour contenir les bateaux spectateurs. Nous avons eu un rappel général sur le premier départ. Pour la seconde procédure, je voulais partir au bateau comité. J’étais concentré sur la ligne. Nous étions à une ou deux minutes du coup de canon. J’ai vu arriver le Bavaria au dernier moment. Le gars était au moteur. Il ne maîtrisait pas ce qu’il faisait. Il filait droit sur moi. J’espérais passer devant. Cela n’a pas été possible. J’ai lofé en grand pour tenter d’éviter le choc. Je me suis arrêté, je n’étais plus manœuvrant. J’ai hurlé. Il ne comprenait pas, ne voyait pas le danger… et m’a violemment touché. Son ancre a arraché mes chandeliers bâbord, les filières, et enfoncé le bateau en avant des haubans. J’ai eu peur que mon mat ne s’effondre. Le Bavaria a fini par reculer, le mec était complètement paniqué. Moi, j’étais furieux ! »

 

Réparer

« J’ai inspecté les dégâts. Un chandelier arraché faisait un trou près de la table à cartes. J’avais de l’eau qui rentrait. Je me suis dit que je pourrais peut-être colmater avec de la bande adhésive assez forte. Nous avions 20 nœuds de vent au large de Dingle, mais je savais que cela devait mollir pour la traversée de la mer d’Irlande et la Manche. J’ai décidé de prendre le départ, 510 milles de course, malgré les dommages. Dès que je gîtais, je prenais de l’eau. J’ai tout viré sur la table à cartes pour éviter que le matériel électronique ne soit touché. J’ai prévenu les autres coureurs par VHF : je n’allais pas pouvoir virer avant un bon moment, le temps de réparer tant bien que mal. »

 

La mer d’Irlande

« Après avoir réparé, je me suis remis dans le match. Mais j’ai peiné en vitesse pure. Dès que le vent mollissait, je perdais du terrain. Nous avons avalé la mer d’Irlande jusqu’au phare du Fasnet assez vite. Nous étions vent de travers, sous spi. Le Cherbourgeois Alexis Loison a aussi connu des ennuis. Il a cassé son tangon de spi et réussi à réparer. »

 

Bloqué par une barge

« Au cap Lizard, je voulais aller au large. Je ne tenais pas à me retrouver à la côte dans le courant. Tout allait bien, mais une barge en remorque est venue me compliquer les choses. Nous faisions route collision, à 5 ou 7 nœuds. J’étais coincé. J’espérais passer devant elle. J’ai finalement dû me résoudre à empanner, passer derrière elle, et aller à la côte devant Lizard. Malheureusement pour moi, la flotte est passée au large et je ne suis pas parvenu à reprendre les places que j’espérais. »

 

Option après l’île de Wight

« A l’île de Wight, j’étais toujours à la remorque de la flotte et la traversée de la Manche s’annonçait dans la pétole. J’ai pris des risques. Plutôt que de remonter la flotte, j’ai tenté une option (comme Armel Le Cléac’h et Gildas Mahé, ndlr). On annonçait une rentrée du vent par le sud-ouest. J’ai voulu aller au devant, me positionner sur la droite de la flotte : optionner pour avoir un meilleur angle et gagner de la vitesse. Je connais assez bien Dieppe grâce au Tour de France à la voile. Il y a souvent du vent thermique près des côtes. Il y a de la profondeur au pied des falaises, on peut les raser sans danger, tout en s’abritant du courant lorsqu’il est contraire. D’habitude, ça passe… Mercredi, ce n’étais pas le bon choix. L’anticyclone s’est révélé plus fort que prévu. Le vent thermique ne s’est jamais installé. Cela s’est mis à pétoler à la côte. J’étais vent arrière, face au courant. J’avançais à deux nœuds. Il me restait 18 milles pour rejoindre la ligne d’arrivée. Terrible. »

 

« L’enfer »

« C’était l’enfer psychologiquement. Je voyais les heures tourner. Je savais que je perdais des places au classement général. Je me voyais dernier. Dur à encaisser. J’étais complètement abattu. Une année de préparation, trois étapes, le travail de tous ceux qui m’ont aidé et soutenu : tout était fichu en l’air sur une dernière option, à vingt milles de l’arrivée. Dans ces moments-là, on retourne tout le problème dans sa tête. Pourquoi a-t-on fait ces choix tactiques ? Pourquoi avais-je des « trous » de vitesse sur le reste de la flotte ? C’était le drame, tout s’effondrait. On repense à tous les efforts, les sacrifices. »

 

Bilan

« Jusqu’à cette quatrième et dernière étape, j’étais plutôt content de ma Solitaire. J’avais assez bien navigué. J’étais dans le match pour le classement des skippers amateurs. J’évoluais autour de la trente-cinquième place, avec un bon résultat à Dingle (16e). Sur l’eau, le niveau de la flotte était homogène. Il y avait les « Top gun » devant, les professionnels intouchables : les vingt premiers bateaux. Puis les amateurs comme moi. Nous sommes moins entraînés, moins expérimentés. Pourtant, cela jouait bien entre nous. On tentait des coups. La compétition était riche. J’ai une fois de plus appris énormément sur cette Solitaire. Il me reste à courir le « Postlogue » à Dieppe, puis ramener le bateau à Granville pour réparer les dégâts provoqués par ce Bavaria à Dingle. Retour au chantier… Je devrais quitter Dieppe samedi et arriver à Granville dans la nuit de dimanche à lundi. »

Nicolas termine 50e de l'étape Dingle-Dieppe et 46e au classement général de cette 40e Solitaire du Figaro.

Par Objectif Large Sailing Team - Publié dans : La Solitaire du Figaro - Communauté : Voile et sports nautiques
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